Félicitations à Maud Charles pour son titre de Docteur en Biologie !

De gauche à droite : M. Michel AUFFRET (Professeur des Universités, LEMAR UMR 6539, Université de Bretagne Occidentale), Mme. Maryline HOUSSIN (Responsable d’axe Aquaculture à LABÉO, chercheur associé à BOREA FRE 2030 et Directrice de thèse), Mme. Maud CHARLES, M. Pascal CLAQUIN (Professeur des Universités, BOREA FRE 2030, Université de Caen Normandie), M. Julien NORMAND (Cadre de recherche, Ifremer, Station de Port-en-Bessin), Mme. Coralie LUPO (Vétérinaire épidémiologiste, Ifremer, Station de La Tremblade). Présente en webconférence également, Mme. Delphine DESTOUMIEUX-GARZON (Directrice de Recherche CNRS, IHPE UMR 5244, Université de Montpellier.

 

Félicitations à Maud Charles pour son titre de Docteur en Biologie !

Le 10 décembre 2019, Maud Charles, jeune doctorante à LABÉO a soutenu sa Thèse de Doctorat à l’Université de Caen Normandie.

 


6 questions à Maud :


 

  Depuis combien de temps travaillez-vous au sein de LABÉO ?

“J’ai commencé mon contrat doctoral, et donc fait mon entrée dans les locaux de LABÉO, en décembre 2016 ; je m’en souviens encore, mon premier jour était lors du Conseil Scientifique annuel de LABÉO, beaucoup de nouveaux visages pour un premier jour !”

 

  Quel est votre domaine d’expertise ?

“De manière assez large, je dirais la physiopathologie et les pathologies chez les bivalves. En résumé, ma thèse consistait en l’étude des organismes pathogènes, des conditions pathologiques et physiologiques qui pouvaient être impliqués dans des mortalités massives de moules communes (Mytilus sp.).”

 

  Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

“J’ai eu mon bac S spécialité SVT en 2008 au Lycée Henri Cornat, à Valognes (50), ensuite comme beaucoup de néo bacheliers en Sciences un petit peu indécis, je me suis inscrite en première année de médecine. De fait, je n’ai pas obtenu le concours d’entrée et je me suis donc inscrite en Licence de Biologie à l’Université de Caen en 2010. Toutefois, mes deux années de préparation au concours n’ont pas été vaines car cela m’a permis d’obtenir ma Licence en 3 ans avec, chaque année, une mention et un très bon classement. Jusqu’alors, tout ce que j’avais étudié m’intéressait (neurosciences, chimie organique, physiologie des mammifères, immunologie, biologie moléculaire, …), le choix du Master n’était donc pas aisé ! Mais, mon goût pour les sorties sur le terrain, l’environnement, l’écologie et la mer m’a décidé à m’inscrire dans le Master Sciences des Environnements Continentaux et Côtiers – Exploitation des ressources vivantes côtières (communément appelé « Master AquaCaen ») en 2013. A ce moment-là encore, il était hors de question de faire une thèse (si j’avais su !). Néanmoins, mes stages de M1 et de M2, réalisés à l’UMR 7208 BOREA sous la direction du Dr. HDR K. COSTIL ont été décisifs et m’ont fait changer d’avis, je voulais faire de la recherche. J’ai obtenu mon Master en 2015 et après des vacances d’été toujours occupées par des emplois saisonniers depuis le début de mes études supérieures, j’ai enfin pris des vacances et nous sommes partis faire un « road trip » en Écosse (non, la pluie normande ne se suffit pas à elle-même !). En 2016, avant de commencer la thèse, j’ai travaillé en tant qu’ingénieur d’étude à l’Agrocampus Ouest de Rennes sous la tutelle de l’INRA et de l’ONEMA, sur les populations de Salmonidés en France. Enfin, de décembre 2016 à décembre 2019, j’ai réalisé ma thèse de Doctorat à LABÉO sous la direction du Dr. HDR M. HOUSSIN, tout en étant rattachée à la FRE 2030 BOREA de l’Université de Caen Normandie.”

 

  De quoi êtes-vous le plus fière ?

“D’être allée au bout je dirais ; d’abord la Licence, ensuite le Master, puis le Doctorat. J’aime finir les choses que je commence, donc on peut dire que je suis satisfaite d’avoir fini le cursus universitaire de l’enseignement supérieur en France.”

 

  Qu’est-ce que le titre de Docteur ?

“Alors non, si vous avez un rhume je ne peux rien vous prescrire ! Être Docteur signifie simplement que l’on a effectué une thèse de Doctorat, ainsi on peut être Docteur en Médecine, Docteur en Économie, Docteur en Biologie, … il y a des milliers de Docteurs dans des disciplines très nombreuses et variées !

En Biologie, le titre de Docteur est obtenu lorsqu’on a soutenu sa thèse devant un jury d’experts, après 3 ans de recherche dans un domaine spécifique, et équivaut donc à un Bac+8.

Pour moi, le titre de Docteur est comparable au titre de Champion dans un sport individuel (de boxe par exemple !). Une seule personne obtient le titre à l’issue du travail de recherche, ou à l’issue du match final, mais au fond, ce titre individuel aurait été impossible à obtenir sans toute l’équipe qu’il y a derrière. Que ce soit la famille, les amis mais surtout l’équipe de recherche qui a été avec nous au quotidien, pendant 3 ans ; sans toutes ces personnes, il aurait été difficile d’arriver au match final indemne et de le gagner !”

 

  Pouvez-vous nous parler du thème développé et/ou des travaux réalisés que vous avez présenté à votre oral ?

“Le titre de ma thèse est « Étude des organismes pathogènes, des conditions physiologiques et pathologiques impliqués dans les mortalités anormales de moules (Mytilus sp.) ».

En résumé, depuis 2014, certaines zones mytilicoles des côtes atlantiques et des côtes de la Manche subissent des épisodes de surmortalités. En conséquence, nombre de mytiliculteurs ont ainsi vu leur production se réduire à la suite de ces mortalités singulières et inexpliquées. Ces événements ont perturbé tout un « socio-écosystème littoral » et ont généré des questionnements et des inquiétudes de la part des professionnels du secteur. En effet, avec plus de 50 000 tonnes de moules produites par an, la France se place au troisième rang européen en termes de volume (FAO, 2018) et occupe la première place au regard de la valeur du produit, avec un chiffre d’affaires annuel estimé à ~130 millions d’euros (Agreste, 2019) ; ainsi, la mytiliculture représente une part non négligeable de l’économie française. L’objectif de ce travail de thèse est de contribuer à la compréhension du phénomène de mortalité chez les moules en étudiant les organismes pathogènes, les états pathologiques et les conditions physiologiques des animaux qui peuvent plus ou moins être impliqués dans les mortalités. Ceci a été réalisé en vue d’apporter des éléments de connaissances supplémentaires au sujet de différentes hypothèses qui avaient été formulées lors des premiers épisodes de surmortalité. Pour ce faire, différentes approches ont été employées. Dans un premier temps, une démarche épidémiologique analytique a été utilisée ; d’abord dans le cadre d’une étude de suivi sur plusieurs mois des mortalités de moules de Bretagne Nord, puis de manière concomitante, dans les cas de déclarations de mortalités en Normandie/Hauts-de-France. De fait, les mortalités de moules ayant un caractère inédit, hétérogène et inexpliqué, sans agent étiologique spécifiquement identifié, il apparaissait important de considérer plusieurs paramètres biotiques, abiotiques, internes et externes à l’hôte. Ensuite, dans une stratégie différente, l’attention s’est portée sur l’étude de l’implication de plusieurs critères, propres aux individus, sur leur sensibilité lors d’infections expérimentales bactériennes. Et pour finir, dans une démarche de suivi d’une maladie, des moules de Normandie ont été suivies pendant plusieurs mois afin d’évaluer la prévalence, l’évolution et l’incidence de la néoplasie hémocytaire sur les mortalités observées.

Il ressort de ce travail de thèse deux articles publiés dans deux journaux internationaux et surtout la réfutation de différentes hypothèses qui avaient été proposées pour expliquer ces surmortalités. A contrario, une découverte intéressante d’un organisme pathogène, jusque-là non identifié dans les eaux européennes, a été faite et ouvre de nouvelles perspectives de recherche.”