Que faire en cas de ...
Suspicion d'un problème tyroidien
« Et si c’était la thyroïde ? »
Chez le cheval les glandes thyroides sont présentes sous forme de deux lobes discrets localisés au niveau dorso-latéral entre le troisième et le sixième anneau trachéal. Chez la plupart des chevaux sains, la thyroide n’est pas visible mais peuvent être palpées et mobilisées. La taille de la thyroide n’est pas liée à l’existence d’un dysfonctionnement et il est nécessaire pour effectuer un diagnostic d’effectuer des tests fonctionnels.
Les hormones thyroïdiennes
Les hormones thyroidiennes (T3 et T4) sont essentielles pour la croissance et la différentiation des cellules et le métabolisme dans quasiment tous les tissus.
Les concentrations de thyroxine (T4) et triiodothyronine (T3) circulantes sont régulées par une hormone qui stimule la thyroide (thyroid stimulating hormone ou TSH) à partir de la glande pituitaire antérieure, qui est elle même régulée par la thyrotropin-releasing hormone (TRH) à partir de l’hypothalamus. Des anomalies de fonctionnement de la glande thyroidienne peuvent venir de n’importe quelle partie de l’axe hypothalamo-pituitaire-thyroide.
L’hyper et l’hypothyroidisme ont été décrits chez de nombreuses espèces. Chez le cheval, l’anomalie la plus fréquemment décrite est l’hypothyroidisme.
Chez l’homme les mesures directes de l’hormone thyroidienne sont possibles et représentatives d’un dysfonctionnement. Chez le cheval, c’est plus compliqué car les valeurs de référence pour les hormones totales et circulantes sont très variables en fonction des laboratoires et des méthodes utilisées. Il est possible de doser la T4 totale (tT4), la T4 libre (fT4), la T3 totale (tT3), la T3 libre (fT3) et la T3 reverse (rT3). Selon les études, les valeurs peuvent varier de façon assez importante.
Différentes valeurs issues de multiples études sont notées dans le tableau ci-dessous.
L’étude de Breuhaus1 (2018) a permis de mettre en évidence que la tT4 était plus élevée chez les chevaux de 3 à 6 ans en comparaison avec les autres groupes d’âge et était négativement corrélée à l’âge. La TSH était significativement plus élevée chez les chevaux âgés (≥15 ou ≥20ans) en comparaison avec des chevaux jeunes(3-10ans) et des chevaux d’âge intermédiaire (11-14ans). Les valeurs de la TSH étaient positivement corrélées avec l’âge.
| tT4 | tT3 | fT4 | fT3 | rT3 | TSH | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Jeunes chevaux (2-10 ans, n=19) | 12,9 ± 5,6 nmol/l | 0,79 ± 0,52 nmol/l | 14,35 ± 1,16 pmol/l | 1,03 ± 0,53 pmol/l | 1,81 ± 0,10 pg/dl | - |
| Chevaux d'âge moyen (11-14 ans, n = 5) | 10,33 ± 6,92 nmol/l | 0,92 ± 0,61 nmol/l | 2,07 ± 1,14 pmol/l | 2,07 ± 1,14 pmol/l | 1,01 ± 0,10 pg/dl | - |
| Vieux chevaux (> 15 ans, n = 11) | 2,57 ± 0,71 mg/dl | 0,79 ± 0,52 nmol/l | 14,35 ± 1,16 pmol/l | 1,81 ± 0,10 pg/dl | 1,81 ± 0,10 pg/dl | 0,4 ± 0,29 ng/dl |
| Vieux chevaux (> 20 ans, n = 7) | 1,64 ± 0,15 mg/dl | 0,92 ± 0,61 nmol/l | 2,07 ± 1,14 pmol/l | 1,01 ± 0,10 pg/dl | 1,01 ± 0,10 pg/dl | 0,10 ± 0,06 ng/dl |
Que faire en cas de suspicion d’hypothyroidisme ?
Test de stimulation à la TSH
Ce test consiste à injecter 2,5 à 5,0 UI de TSH par voie intraveineuse et de comparer les valeurs pré et post-injection des hormones thyroïdiennes. Des prises de sang sont effectuées 3 et 4H post-injection. Chez des chevaux normaux, il y a un pic de T4 environ 3 à 4 heures après l’injection à des valeurs de 2,4 fois la valeur de repos. La valeur de la T3 double 30 minutes post-injection et présente un pic 2 heures après l’injection à des valeurs qui sont environ 5 fois celles de repos. Une réponse normale signifie un pic de T3 avant le pic de T4.
La limite de ce test est la disponibilité de la TSH et son coût.
Test de stimulation à la TRH
Ce test consiste à injecter 1 mg de TRH par voie intraveineuse et de comparer les valeurs pré- et post-injection des hormones thyroïdiennes. Des prises de sang sont effectuées 2 et 4H post-injection. La T3 présente un pic 2H plus tard avec des valeurs de 2 à 5 fois la valeur de base. La T4 présente un pic 4H plus tard avec des valeurs de 1,5 à 3 fois la valeur de base. Si l’augmentation post-stimulation de la valeur des hormones est moins de 50% de la valeur attendue, cela peut confirmer un diagnostic d’hypothyroidisme.
Que faire en cas de suspicion d’hyperthyroidisme ?
Il existe peu d’études sur la présence de tumeurs actives de la thyroide. L’hyperthyroidisme peut être diagnostiqué par un test de suppression de T3. (voir graphisme ci contre)
On injecte 2,5 mg de T3 exogène dilué dans 5ml de sérum physiologique stérile à 08H30 et 18H00 le jour 1 (J2), jour 2 (J2) et le jour 3 (J3) ainsi qu’à 8H30 le jour 4 (J4). Cela représente donc un total de 7 doses de T3 exogène à administrer.
La concentration sérique de T3 et T4 est mesurée chaque jour 5 minutes avant l’administration de la dose. Des prélèvements sanguins supplémentaires sont effectués à 18H à J4 ainsi que de J5 à J10. Cela prend environ 2 à 3 semaines à la T4 de revenir à une concentration basale.
Conclusion
Ces tests fonctionnels permettent de confirmer une suspicion clinique qui n’est pas évidente avec la simple mesure des hormones thyroidiennes au repos.
En complément, l’imagerie au moyen d’une échographie ou d’une scintigraphie et la biopsie sont également des moyens diagnostiques pour évaluer des anomalies morphologiques de la thyroide et poser un diagnostic différentiel entre kyste, tumeur, goitre hyperplastique, inflammation, …