Que faire en cas de ...
Suspicion de fourbure endocrinienne
D’après :
- Couroucé A. (2020) Le diagnostic de la fourbure d’origine endocrinienne : quels tests effectuer et pourquoi ?
Pratique Vétérinaire Equine, numéro 205, 40-45.
Tests de niveau 1 : évaluation de l’hypersinsulinémie
Insulinémie mesurée après un repas « test » de glucides
Un repas « test » de glucides peut être utilisé pour simuler notamment le scénario d’un cheval ou poney mis au pré au printemps, lorsque l’herbe est la plus riche en glucides. Il existe essentiellement deux choix de repas « tests » : le sucre (Oral Glucose Test ou OGT ) ou le sirop de maïs « Karo Light » (Oral Sugar Test ou OST), qui se distinguent par leur facilité d’utilisation et leur sensibilité.
Les résultats de ces tests ne sont pas comparables. Ainsi, si des tests doivent être répétés dans le temps, il est fondamental de s’assurer que le même test est utilisé pour un même cheval.
Les résultats de ces tests ne sont pas comparables. Ainsi, si des tests doivent être répétés dans le temps, il est fondamental de s’assurer que le même test est utilisé pour un même cheval.
| Oral Glucose Test (OGT) | Oral Sugar Test (OST) | |
|---|---|---|
| Procédure | Jeûne pendant la nuit Administrer 1g/kg de sucre dans le repas ou par sondage naso-gastrique. Le sucre peut également être mélangé à de l'eau bouillante à raison d'environ 30 ml d'eau pour 100 g de glucose. Ce «sirop» peut ensuite être administré oralement à l'aide d'une seringue doseuse (volume total administré généralement compris entre 200 et 400 ml). Prélèvement de sang 2H après Dosage de la glycémie et de l’insulinémie | Jeûne 3-8 heures Administrer 15ml/100 kg de sirop (généralement 30 à 60 ml au total). Prélèvement de sang à 60 et 90 minutes Dosage de la glycémie et de l’insulinémie |
| Interprétation | Le pic de glucose > 8 mmol/L (ou > à 1,44 g/L) confirme une absorption adéquate et un test valide. Test positif si valeur d’insuline > à 85 μU/ml | Test positif si valeur d’insuline > à 60 μU/ml Test douteux si valeur d’insuline > à 45 μU/ml |
Tests de niveau 2 : résistance à l’insuline
La résistance à l‘insuline n’est pas la cause directe de la fourbure mais il existe au moins deux raisons de la mesurer. Tout d’abord, la résistance à l’insuline reste pertinente dans la fourbure car elle augmente l’hyperinsulinémie en tant que réponse compensatoire. Ensuite, les tests de résistance à l’insuline tendent à montrer des améliorations cohérentes lors de changements de gestion/diététiques et sont donc utiles pour la surveillance et le suivi du cheval ou du poney.
Deux options principales existent pour évaluer cette résistance : le test de tolérance à l’insuline et le test de l’insuline-glucose
Test de tolérance à insuline ou test de réponse à l’insuline (IRT) en deux étapes
- Le plus simple en pratique.
- Mesure de la glycémie avant et 30 minutes après l’injection d’un bolus d’insuline à 0,1 UI/kg.
- Les chevaux normaux présenteront une diminution de plus de 50% de leur glycémie plasmatique initiale 30 minutes après l’administration de ce bolus d’insuline.
Le test est positif lorsque la diminution de la glycémie est inférieure à 50% de la valeur basale.
Remarque: les chevaux normaux peuvent présenter une hypoglycémie 30 à 90 minutes après l’insuline. Il est donc important de mettre en place une étroite surveillance lors de la réalisation de ce test.
Test de l’insuline-glucose (CGIT)
-
- Ce test peut également être utilisé pour indiquer la présence d’une résistance à l’insuline.
- Du glucose (150 mg/kg) est injecté sous forme de glucose à 50% (30mL/100 kg), suivi d’une injection d’insuline (0,1 UI/kg).
- Des prélèvements fréquents pour mesure de la glycémie et de l’insulinémie sont réalisés pendant 2 à 3 heures.
- Une version simplifiée du test consiste à ne mesurer la glycémie qu’à 45 minutes (la réponse normale doit permettre un retour à la valeur initiale) et l’insulinémie à 75 minutes (réponse normale <100 mU/L)
Tests de niveau 3 : causes de résistance à l’insuline
Outre des facteurs génétiques, la résistance à l‘insuline acquise est due à l’obésité/inactivité (SME) ou au PPID et nécessite donc le traitement/la gestion ciblée de ces deux affections, le cas échéant. Ainsi, l’évaluation de l’obésité et le diagnostic du PPID sont importants pour une évaluation correcte des cas de fourbure.
Syndrome métabolique équin
L’obésité est définie comme «une accumulation de graisse anormale ou excessive qui présente un risque pour la santé» et il est bien reconnu à la fois chez l’homme et chez le cheval que L’obésité ne se limite pas à la simple quantité de tissu adipeux. L’obésité est donc un terme fonctionnel et physiopathologique plutôt qu’un simple terme quantitatif et morphologique. Ainsi, pour établir un diagnostic précis d’obésité, il faut montrer que les dépôts adipeux chez l’individu sont nocifs et ne dépassent pas simplement un seuil (par exemple, le score d’état corporel).
Adiponectine
L’adiponectine est une protéine produite par les adipocytes. Dans la circulation, l’adiponectine a tendance à former des trimères, des hexamères ou des multimères de haut poids moléculaire. Ces formes d’adiponectine semblent être les plus biologiquement actives, ayant des effets anti-inflammatoires et une sensibilité importante à l’insuline. Leur concentration est anormalement basse chez les chevaux obèses et ceux prédisposés à la fourbure. Ainsi, l’adiponectine en train de devenir une cible diagnostique pour l’évaluation et le suivi des cas de SME car elle pourrait être un facteur clé associant l’obésité à la dysrégulation de l’insuline. Elle est attrayante sur le plan diagnostique car elle n’est pas affectée par le régime alimentaire, le sexe ou l’âge, n’a pas de rythme circadien perceptible et semble raisonnablement stable in vitro. Le Liphook Equine Hospital est le premier laboratoire de diagnostic au monde à avoir validé le dosage de l’adiponectine pour une utilisation en pratique. Elle se mesure mieux dans le sérum et des valeurs inférieures à 3,2 μg/mL suggèrent une obésité métabolique. Cette valeur augmente en général lors de changements de gestion/ration efficaces ce qui fait de ce paramètre un excellent outil de suivi de ces chevaux/poneys.
Leptine
- Des valeurs élevées de leptine sont associées avec une augmentation de l’adiposité et d’un dérèglement métabolique. Cette hormone est plus associée à l’obésité qu’à une dysrégulation de l’insuline.
- Elle se mesure dans le sérum ou sur tube EDTA.
- Une étude menée par Carter et al. (2009) a été réalisée sur des poneys Welsh et Dartmoor en pâture afin de définir l’augmentation du risque de survenue d’épisodes de fourbure. Ces poneys (n=131 au total) ont été classés en fonction de leur historique de fourbure : jamais d’épisode de fourbure, épisode de fourbure préalable ou cliniquement fourbus si un épisode de fourbure était décrit dans les 3 mois précédant leur évaluation. Le score d’état corporel, le score de notation du cou, le ratio de circonférence du cou sur la hauteur au garrot ainsi que des paramètres comme l’insuline et la leptine étaient significativement liés à la survenue d’un épisode de fourbure.
- Concernant la leptine, des valeurs supérieures à 73 ng/ml étaient significatives.
A noter que Gentry et al. (2002) ont étudié les variations des taux de leptine chez des juments et ont mis en évidence des valeurs basales variables en fonction de leur score d’état corporel (< 5 ng/mL chez les juments présentant un score d’état corporel plus faible vs 7 à 20 ng/mL pour les juments présentant un score d’état corporel plus élevé).
Concentrations en triglycérides
L’hypertriglycéridémie est un facteur de risque de fourbure chez les poneys avec des valeurs seuils de 57 et 94 mg/dl préalablement rapportées et significativement liées à des épisodes de fourbure clinique.
Les triglycérides augmentent-ils parce que les chevaux deviennent dysorexiques ou anorexiques ou est-ce lié aux pertrubations endocriniennes et donc un facteur prédictif de risques de fourbures ?
Une étude de Dunkel et al. (2014) a étudié le cas de 3 chevaux et 4 poneys présentés pour perte de poids mais bon appétit pour 4 d’entre eux et sans aucun signe d’appel pour les 3 autres. Tous les chevaux étaient en bon état et alertes et la concentration en triglycérides variait de 10,5 à 60,3 mmol/l (pour des valeurs usuelles < 0,8 mmol/l). Trois chevaux et trois poneys ont été diagnostiqués PPID sur la base de signes cliniques et dosage de l’ACTH basal.
Ces auteurs ont mis en évidence que les chevaux et les poneys peuvent développer de sévères hypertriglycéridémie secondaires à des affections endocriniennes associées à une insulino-résistance pouvant se résoudre avec le traitement de l’affection endocrinienne.
PPID
Il existe de nombreux cas de chevaux atteints de PPID qui sont relativement jeunes et ne présentent pas de signes pathognomoniques. Il est donc important de toujours tester les chevaux présentant de la fourbure pour cette affection.
Dosage de l’ACTH
C’est un test de dépistage pratique pour le PPID. Ce dosage nécessite que le laboratoire donne des valeurs de référence corrigées en fonction des variations saisonnières afin de prendre en compte l’augmentation de l’activité hypophysaire durant l’été et l’automne (de la fin juin à la mi-novembre). Une étude publiée par Copas et Durham en 2012 avait permis de mettre en évidence que la valeur supérieure d’ACTH était de 29 pg/ml entre novembre et juillet et de 47 pg/ml entre août et octobre. D’autres facteurs peuvent influer sur les résultats du dosage d’ACTH comme la douleur et le stress et il est donc recommandé de ne pas faire de mesures chez des chevaux présentant l’un des deux (ou les deux). Knowles et al. (2018) ont comparé deux techniques de dosage de l’ACTH à partir de prélèvements faits sur des poneys en automne (n=99) et au printemps (n=88). Les résultats étaient proportionnels mais pas équivalents ce qui laisse supposer qu’il faut établir des valeurs seuils adaptées à la technique de dosage utilisée. Parmi les 88 poneys prélevés à la fois en automne et au printemps, 56 (64%) présentaient des valeurs d’ACTH supérieures au seuil de 47 pg/mL. Parmi eux, 39 (70%) présentaient une valeur d’ACTH inférieure à 29 pg/mL le printemps suivant alors qu’ils n’avaient reçu aucun traitement.
Il est donc recommandé aux cliniciens d’interpréter avec précaution les valeurs d’ACTH. Pour les chevaux dont le diagnostic de PPID est posé en automne et mis sous traitement avec du pergolide, il convient d’être également très prudent avant d’attribuer une baisse de la valeur d’ACTH au traitement lui-même.
Test de stimulation à la TRH
Ce test n’est pas disponible en France mais disponible sur demande au Liphook Hospital en GB) : Entre décembre et juin inclus, le test de stimulation de l’hormone de libération de la thyrotropine (TRH) peut être utilisé. Il y a PPID lorsque l’ACTH plasmatique post-stimulation est supérieure à 110 pg/ml 10 minutes après l’injection de TRH.
Conclusion
L’identification de la cause de la fourbure endocrinienne est un élément clé.
L’obésité ou le PPID sont des facteurs de risque qui, s’ils sont identifiés, permettent de mieux cibler d’éventuelles stratégies de gestion préventive.
Ainsi, l’apparition de la fourbure pourrait être prédite par le dosage de l’adiponectine plasmatique et l’insulinémie basale.
Le dosage de l’ACTH est également très important afin d’exclure (ou non) un PPID.
En savoir plus
Fourbure d'origine endocrinienne
Fourbure endocrinienne-The Veterinary Journal
Fourbure endocrinienne Leptine
Severe hypertriglyceridaemia in horses and ponies with endocrine disorders (Equine veterinay Journal 2013)
Circannual variation in plasma adrenocorticotropic hormone concentrations (Equine Veterinary Journal 2011
La fourbure endocrinienne - Liphook Equine Hospital