Que faire en cas de ...
Suspicion d'un SME
SME : quand tester, comment interpréter, comment agir ?
Qu’est-ce que le SME ?
Le Syndrome Métabolique Équin (SME) est un ensemble de caractéristiques métaboliques et cliniques dont le dénominateur commun est une dysrégulation de l’insuline (ID). Il est associé à un risque accru de fourbure hyperinsulinémique (HAL), qui représente la forme la plus fréquente de fourbure chez le cheval et le poney.
Le SME peut s’accompagner, de façon variable :
- D’obésité régionale (encolure « en pain de sucre », dépôts au niveau de la base de la queue),
- D’altérations des adipokines,
- D’hypertriglycéridémie,
- Et parfois d’hypertension.
Point clé : l’obésité est fréquente mais pas systématique : il existe des chevaux « Lean EMS ».
On parle de « Lean EMS » (SME maigre) pour désigner des chevaux qui présentent une dysrégulation de l’insuline compatible avec un Syndrome Métabolique Équin, malgré un état corporel normal voire mince, sans adiposité régionale marquée (encolure en pain de sucre, dépôts à la base de la queue).
Ces chevaux peuvent donc être à risque de fourbure même en l’absence d’obésité visible, ce qui justifie un dépistage systématique de l’hyperinsulinémie chez tout cheval ayant présenté une fourbure, quel que soit son gabarit.
Quand suspecter un SME ?
Tester est recommandé si l’un des éléments suivants est présent :
Signes cliniques ou situations à risque
- Antécédents de fourbure ou boiterie chronique de type laminitique
- Obésité générale ou adiposité régionale (encolure, base de la queue)
- Anneaux de croissance divergents sur les sabots
- Race à risque : poneys, ibériques, Saddlebreds, Paso Finos, Morgans, Arabes, Warmbloods, chevaux miniatures
- Âge > 5 ans (dépistage annuel recommandé chez les sujets à risque)
- Régime riche en glucides non structuraux (NSC)
- PPID associée (tester l’ID chez tout cheval atteint de PPID)
- Avant administration de corticoïdes chez un cheval à risque
Étape 1 – Tester la dysrégulation de l’insuline (ID)
Tests de première intention possibles
Insuline basale (cheval non à jeun, uniquement foin ou herbe – pas de concentrés)
- Simple, un seul prélèvement.
- Si élevée, elle est fortement évocatrice d’ID et d’un risque de fourbure.
- Si normale, un test dynamique est nécessaire.
Insuline post-prandiale (2 h après foin/herbe)
- Utile pour évaluer le risque de fourbure lié au régime actuel et pour le suivi.
- Moins standardisée pour le diagnostic initial.
Étape 2 – Tests dynamiques recommandés (si insuline basale normale ou douteuse)
Oral Sugar Test (OST) – recommandé pour évaluer le risque de fourbure
- Jeûne 3–6 h
- Administration orale de sirop de maïs (0,15 mL/kg)
- Dosage insuline (± glucose) à 60 et/ou 90 min
- Interprétation : insuline > 45 µUI/mL compatible avec hyperinsulinémie post-prandiale
Avantages : proche des conditions physiologiques, bon prédicteur du risque de fourbure liée à une hyperinsulinémie
Limites : variabilité liée au régime et à la digestion.
Insulin Tolerance Test (ITT) – évalue la résistance tissulaire à l’insuline
- Pas de jeûne requis
- Injection d’insuline (0,10 UI/kg)
- Mesure de la glycémie à 0 et 30 min
- ID si la baisse de glycémie est < 50 % du basal
Surveillance requise (risque faible mais réel d’hypoglycémie).
Algorithme pratique (en résumé)
- Suspicion clinique ou contexte à risque
- Insuline basale (cheval nourri au foin/herbe)
- Élevée : ID probable → prise en charge
- Normale : réaliser OST ou ITT
- Interpréter selon le risque de fourbure (HAL)
- Mettre en place la prise en charge et planifier un suivi
Que faire si le SME est confirmé ?
Gestion alimentaire (pilier du traitement)
- Limiter ou supprimer le pâturage (surtout si ID sévère)
- Foin pauvre en glucides non structuraux (ou NSC = sucres et amidon présents dans l’alimentation du cheval) <10 %), distribué à ~1,5 % du poids vif/jour (MS)
- Éviter grains et friandises sucrées
- Possibilité de trempage du foin si NSC élevé
- Utiliser un « slow-feeder » pour éviter les périodes de jeûne prolongé
- Complément minéral-vitaminé à faible teneur en sucre
Exercice
- Si pas de fourbure active : exercice régulier, progressif, 5 jours/semaine.
- Si antécédents de fourbure : reprise très graduelle, sur sol souple.
Parage et suivi par le maréchal ferrant
- Essentiel chez tout cheval à risque de fourbure
- Radiographies recommandées si antécédents de fourbure
Traitements médicaux (cas sévères ou réfractaires)
- Inhibiteurs SGLT2 (ex. velagliflozine ou canaglifozine)
- Lévothyroxine possible en cas de perte de poids réfractaire malgré une ration adaptée
- Toujours associés à la gestion alimentaire et au parage
Suivi
- Contrôle de l’insuline (souvent post-prandiale) tous les 6 mois
- Surveillance clinique : boiterie, poids, adiposité, qualité du poil, tolérance à l’exercice
- Réévaluer le statut PPID chez les chevaux > 10 ans
Message clé LABÉO
Le SME est l’une des principales causes de fourbure chez le cheval. Un dépistage structuré de la dysrégulation de l’insuline,
associé à une prise en charge nutritionnelle et un suivi de maréchalerie rigoureux,
permet de réduire significativement le risque de récidive et d’améliorer le pronostic à long terme.